{"id":697,"date":"2024-06-10T11:31:35","date_gmt":"2024-06-10T09:31:35","guid":{"rendered":"https:\/\/amisdujardinvillars.fr\/?page_id=697"},"modified":"2024-12-17T22:46:44","modified_gmt":"2024-12-17T21:46:44","slug":"jardin_kampo","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/amisdujardinvillars.fr\/index.php\/sections\/jardin_kampo\/","title":{"rendered":"Un jardin japonais botanique et m\u00e9dicinal ; Enjeux et ambitions de mise en \u0153uvre \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Grenoble Alpes"},"content":{"rendered":"\n<p>Une nouvelle section du jardin botanique des UFR de m\u00e9decine et de pharmacie de l\u2019Universit\u00e9 Grenoble Alpes (UGA) a \u00e9t\u00e9 d\u00e9velopp\u00e9e au printemps 2022. Cet espace vient compl\u00e9ter les collections botaniques du jardin Dominique Villars de l\u2019universit\u00e9, parc botanique nomm\u00e9 en hommage \u00e0 cet influent m\u00e9decin et botaniste de la fin du\u00a0xviii<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle (Villars, 1786-1789),illustrant la collaboration entre les facult\u00e9s de m\u00e9decine et de pharmacie.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce jardin japonais vient mettre en lumi\u00e8re le r\u00e9cent partenariat acad\u00e9mique d\u00e9velopp\u00e9 entre l\u2019UGA et l\u2019universit\u00e9 de pharmacie de Yokohama au Japon. Cette derni\u00e8re dispose d\u2019un d\u00e9partement d\u00e9di\u00e9 \u00e0 l\u2019enseignement et aux recherches sur les plantes m\u00e9dicinales japonaises, issues de la m\u00e9decine&nbsp;<em>kampo&nbsp;<\/em>(\u6f22\u65b9). Cette m\u00e9decine traditionnelle utilisant des plantes est au Japon une interpr\u00e9tation des m\u00e9decines traditionnelles chinoises import\u00e9es \u00e0 partir du&nbsp;vi<sup>e<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle&nbsp;: le mot&nbsp;<em>kampo<\/em>&nbsp;pouvant se traduire par \u00ab&nbsp;m\u00e9thode de soin selon les Han&nbsp;\u00bb. L\u2019id\u00e9e de la cr\u00e9ation d\u2019un jardin japonais botanique et m\u00e9dicinal s\u2019est ainsi construite autour de cette th\u00e9matique de soin par les plantes et avec la volont\u00e9 de favoriser l\u2019enseignement des connaissances s\u2019y rapportant.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image aligncenter size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"2560\" height=\"1920\" src=\"https:\/\/amisdujardinvillars.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/IMG_9691-edited-scaled.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-707\" style=\"width:767px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/amisdujardinvillars.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/IMG_9691-edited-scaled.jpg 2560w, https:\/\/amisdujardinvillars.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/IMG_9691-edited-300x225.jpg 300w, https:\/\/amisdujardinvillars.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/IMG_9691-edited-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/amisdujardinvillars.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/IMG_9691-edited-768x576.jpg 768w, https:\/\/amisdujardinvillars.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/IMG_9691-edited-1536x1152.jpg 1536w, https:\/\/amisdujardinvillars.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/IMG_9691-edited-2048x1536.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><em><strong>Vue du jardin de plantes ornementales avec ses bassins<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Le jardin japonais en question repr\u00e9sente un ensemble d\u2019enjeux multidimensionnels originaux, qui se distingueraient des conceptions traditionnelles de certains jardins japonais en Europe. Tout d\u2019abord, il trouve son ancrage dans un contexte scientifique, en particulier dans le cadre d\u2019une th\u00e8se de doctorat r\u00e9alis\u00e9e en cotutelle entre l\u2019UGA et l\u2019universit\u00e9 de pharmacie de Yokohama (Paul-Traversaz, 2021-) portant sur les rem\u00e8des cutan\u00e9s&nbsp;<em>kampo<\/em>, qui int\u00e8grent des plantes m\u00e9dicinales. Cette th\u00e8se de recherche intervient apr\u00e8s la r\u00e9daction d\u2019un premier doctorat d\u2019\u00c9tat en pharmacie portant sur la pharmacop\u00e9e&nbsp;<em>kampo<\/em>&nbsp;(Traversaz, 2018). Un travail a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9 de mani\u00e8re synth\u00e9tique dans la revue&nbsp;<em>Ethnopharmacologia<\/em>&nbsp;(Traversaz, 2019). Ces recherches contribuent \u00e0 \u00e9largir en France la compr\u00e9hension des pratiques m\u00e9dicinales traditionnelles japonaises. Manon Paul-Traversaz a conceptualis\u00e9 et r\u00e9alis\u00e9 ce nouveau jardin sous les conseils de Michel S\u00e8ve et Serge Krivobok afin de d\u00e9velopper les collections du jardin. Tous docteurs en pharmacie, ils proposent un r\u00e9cit descriptif de ce projet et sont directement impliqu\u00e9s dans les activit\u00e9s de gestion du jardin botanique Dominique Villars. &nbsp;Il fut aussi r\u00e9alis\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019aide de Simon Paul (docteur en pharmacie et doctorant \u00e0 l\u2019UGA<sup>&nbsp;<\/sup>), Pauline Durrenbach (technicienne jardins espaces verts sur le secteur sant\u00e9 de l\u2019UGA<sup>&nbsp;<\/sup>) ainsi que de plusieurs \u00e9tudiants et personnels des UFR de m\u00e9decine et de pharmacie.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce jardin, financ\u00e9 par l\u2019UGA, poss\u00e8de une dimension p\u00e9dagogique en offrant un enseignement de base pour les \u00e9tudiants en pharmacie ainsi que pour les \u00e9tudiants en biologie de niveau master. Il est aussi le support d\u2019enseignements de formation continue destin\u00e9s aux professionnels de sant\u00e9, favorisant ainsi la diffusion de connaissances illustr\u00e9es sur les pharmacop\u00e9es asiatiques. Un autre aspect important de ce jardin japonais est sa vocation de m\u00e9diation culturelle et scientifique envers le grand public (\u00e9v\u00e9nements th\u00e9matiques et expositions culturelles en plein air). Cela permet \u00e0 un large auditoire de d\u00e9couvrir et d\u2019appr\u00e9cier la richesse de la culture japonaise des jardins et de la botanique. Enfin, tous ces enjeux sont mis en \u0153uvre en associant l\u2019am\u00e9nagement paysager japonais.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/paysage\/32791#tocfrom1n1\">Un jardin japonais de plantes m\u00e9dicinales&nbsp;<em>kampo<\/em><\/a><\/h3>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/paysage\/32791#tocfrom2n1\">Cr\u00e9ation et conception du jardin<\/a><\/h5>\n\n\n\n<p>La conception du jardin a \u00e9t\u00e9 pens\u00e9e pour s\u2019int\u00e9grer dans une zone non am\u00e9nag\u00e9e du parc Dominique Villars en conservant les arbres d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sents&nbsp;: grands \u00e9rables et bouleau pleureur. Les structures du site, comme le rucher d\u2019abeilles, ont \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9es lors du dessin. Celles-ci ont par exemple influenc\u00e9 la conception de la zone de plantes m\u00e9dicinales adjacente. Lors de la r\u00e9alisation des dessins de structure, une attention a \u00e9t\u00e9 port\u00e9e pour incorporer au mieux les \u00e9l\u00e9ments conceptuels du jardin japonais (jardins secs, lanternes, pi\u00e8ces d\u2019eau et reliefs) dans l\u2019espace existant.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce jardin japonais comprend deux parties compl\u00e9mentaires, une zone sous les \u00e9rables avec les buttes et les bassins et une autre sous le bouleau, proche du rucher, o\u00f9 sont rassembl\u00e9es des esp\u00e8ces m\u00e9dicinales uniquement. La premi\u00e8re zone avec ses bassins, la plus \u00e9tendue, permet de capter l\u2019attention du visiteur qui s\u2019int\u00e9resse alors aux plus petites plantes non visibles de loin. Les bassins ont \u00e9volu\u00e9 lors de la mise en place. Ils ont \u00e9t\u00e9 dessin\u00e9s par Manon Paul-Traversaz, conceptrice du jardin. Ces dessins ont permis d\u2019exposer le projet aux diff\u00e9rents partenaires et fournisseurs avant r\u00e9alisation.<\/p>\n\n\n\n<p>Les plans ont \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9s au lyc\u00e9e horticole de Saint-Ismier, dont les \u00e9quipes p\u00e9dagogiques et les \u00e9l\u00e8ves sont impliqu\u00e9s dans la mise en \u0153uvre et l\u2019entretien du jardin Dominique Villars. Lors des premiers travaux du jardin japonais, les \u00e9quipes ont ainsi apport\u00e9 leur aide dans la pr\u00e9paration du terrain, son terrassement et l\u2019installation des trois bassins. Une gaine technique a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9vue afin de permettre l\u2019alimentation \u00e9lectrique pour les pompes de filtration des bassins<\/p>\n\n\n\n<p><br>Ces actions ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9es sur une journ\u00e9e apr\u00e8s quoi seule une \u00e9quipe restreinte du secteur sant\u00e9 s\u2019est charg\u00e9e de la construction et de l\u2019am\u00e9nagement du jardin. La r\u00e9alisation technique se fonde sur la base des connaissances de Manon Paul-Traversaz acquises lors de son s\u00e9jour acad\u00e9mique d\u2019un an \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de pharmacie de Yokohama. Les nombreuses r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 des jardins japonais de renom pr\u00e9sentes dans cet article proviennent des d\u00e9couvertes et visites r\u00e9alis\u00e9es lors de ce long s\u00e9jour. L\u2019entretien de la zone est r\u00e9alis\u00e9 principalement par Pauline Durrenbach et par Manon Paul-Traversaz. Il comprend la taille des arbustes, le contr\u00f4le de la pousse des plantes au sol, le remplissage et le nettoyage des trois bassins. La pose de la gravette et des bordures a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9e de sorte \u00e0 constituer la zone en gravillons de la partie comportant les plantes m\u00e9dicinales attenantes au rucher.<\/p>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/paysage\/32791#tocfrom2n2\">Le&nbsp;<em>kampo<\/em>, m\u00e9decine traditionnelle au Japon<\/a><\/h5>\n\n\n\n<p>Le&nbsp;<em>kampo<\/em>&nbsp;est consid\u00e9r\u00e9 comme une m\u00e9decine int\u00e9gr\u00e9e et de terrain (Watanabe&nbsp;<em>et al.<\/em>, 2011), Le&nbsp;<em>kampo<\/em>&nbsp;est une discipline m\u00e9dicale et pharmaceutique employant des ingr\u00e9dients naturels. Il constitue la plus grande partie de la m\u00e9decine traditionnelle japonaise telle qu\u2019elle est connue actuellement. Le&nbsp;<em>kampo&nbsp;<\/em>et ses rem\u00e8des (<em>kan-yaku&nbsp;<\/em>\u6f22\u85ac) cohabitent cependant avec la m\u00e9decine folklorique end\u00e9mique du Japon et ses plantes m\u00e9dicinales (<em>wa-yaku&nbsp;<\/em>\u548c\u85ac). L\u2019ensemble nomm\u00e9&nbsp;<em>wa-kan-yaku<\/em>&nbsp;(\u548c\u6f22\u85ac) r\u00e9unit ces connaissances m\u00e9dicinales \u00e0 la fois import\u00e9es de Chine et originaires du Japon.<\/p>\n\n\n\n<p>La&nbsp;<em>materia medica<\/em><em>&nbsp;kampo<\/em>&nbsp;emploie des ingr\u00e9dients v\u00e9g\u00e9taux (mais aussi moins fr\u00e9quemment des min\u00e9raux, champignons ou ingr\u00e9dients animaux). Parmi les drogues v\u00e9g\u00e9tales issues de la tradition&nbsp;<em>kampo<\/em>&nbsp;on peut mentionner les racines de r\u00e9glisse (<em>Glycyrrhiza glabra&nbsp;<\/em>ou&nbsp;<em>G. uralensis<\/em>) ou de rhubarbe (<em>Rheum palmatum,<\/em>&nbsp;<em>R.&nbsp;tanguticum<\/em>&nbsp;et&nbsp;<em>R.&nbsp;officinale<\/em>) pour leurs vertus toniques et digestives, celles de pivoines (<em>Paeonia lactiflora<\/em>&nbsp;ou&nbsp;<em>P.&nbsp;suffruticosa<\/em>) pour leurs propri\u00e9t\u00e9s anti-inflammatoires ou encore celles du gr\u00e9mil des teinturiers&nbsp;<em>(Lithospermum erythrorhizon)&nbsp;<\/em>ou de scrofulaire (<em>Scrophularia ningpoensis<\/em>) \u00e0 l\u2019effet cicatrisant (Paul-Traversaz&nbsp;<em>et al.<\/em>, 2023&nbsp;; The Ministry of Health, Labor and Welfare, 2016).<\/p>\n\n\n\n<p>Le&nbsp;<em>kampo<\/em>&nbsp;est employ\u00e9 dans la prise en charge de nombreuses affections et s\u2019associe parfois aux m\u00e9decines conventionnelles. Ses pr\u00e9parations peuvent \u00eatre int\u00e9gr\u00e9es dans le parcours de soin japonais et prises en charge par la s\u00e9curit\u00e9 sociale japonaise (Yoshino&nbsp;<em>et al.<\/em>, 2023). Cela illustre de mani\u00e8re pertinente qu\u2019il est possible d\u2019accorder plus d\u2019importance aux plantes m\u00e9dicinales dans un syst\u00e8me de soins moderne. Outre son r\u00e9el int\u00e9r\u00eat ethnopharmacologique, le jardin japonais de l\u2019UGA permet aussi d\u2019\u00e9voquer la probl\u00e9matique de la durabilit\u00e9 et de la ressource en plantes m\u00e9dicinales. Certaines esp\u00e8ces, comme la r\u00e9glisse de l\u2019Oural (<em>Glycyrrhiza uralensis<\/em>), menac\u00e9e en Asie, sont pr\u00e9sent\u00e9es. Leur pr\u00e9sence permet, lors de visites guid\u00e9es, d\u2019aborder cette pr\u00e9occupation majeure qu\u2019est la conservation des esp\u00e8ces botaniques m\u00e9dicinales utilis\u00e9es traditionnellement. Les th\u00e9matiques ethnopharmacologiques et de durabilit\u00e9 sont donc toutes deux int\u00e9gr\u00e9es dans le cursus de formation des futurs professionnels de sant\u00e9 ainsi que dans divers enseignements plus vastes.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\"><a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/paysage\/32791#tocfrom1n2\">L\u2019exp\u00e9rience du jardin Dominique Villars&nbsp;: concilier les codes du jardin japonais et la didactique de la botanique m\u00e9dicinale<\/a><\/h4>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/paysage\/32791#tocfrom2n3\">Codes de conception du jardin japonais<\/a><\/h5>\n\n\n\n<p>L\u2019espace a \u00e9t\u00e9 pens\u00e9 et dessin\u00e9 en deux parties, une zone d\u2019agr\u00e9ment qui capte l\u2019attention des visiteurs avec des \u00e9l\u00e9ments, arbres et arbustes de taille importante, et une zone comportant exclusivement des plantes m\u00e9dicinales. Ces deux parties permettent d\u2019occuper l\u2019espace de sorte que le jardin japonais s\u2019accorde avec les autres zones du jardin botanique. Les choix d\u2019am\u00e9nagement concernant les pi\u00e8ces d\u2019eau et les buttes, l\u2019importance donn\u00e9e aux zones en gravillon s\u2019inspirant des jardins secs, les esp\u00e8ces, et les \u00e9l\u00e9ments d\u00e9coratifs ont \u00e9t\u00e9 faits afin de correspondre \u00e0 l\u2019image collective que l\u2019on peut avoir d\u2019un jardin dit japonais. La reprise de ces \u00e9l\u00e9ments que l\u2019on pourrait consid\u00e9rer comme st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9s a permis d\u2019illustrer, selon nous, des codes de conception paysagers japonais.<\/p>\n\n\n\n<h6 class=\"wp-block-heading\"><a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/paysage\/32791#tocfrom3n1\"><em>Pi\u00e8ces d\u2019eau et reliefs<\/em><\/a><\/h6>\n\n\n\n<p>La partie d\u2019agr\u00e9ment pr\u00e9sente des volumes avec trois buttes plant\u00e9es (environ 1&nbsp;m<sup>3<\/sup>&nbsp;chacune) situ\u00e9es en arri\u00e8re-plan des bassins de mille litres chacun<br>Cette construction avec pi\u00e8ces d\u2019eau juxtapos\u00e9es \u00e0 des buttes reprend un concept paysager japonais nomm\u00e9 \u00ab&nbsp;paysage de montagnes et d\u2019eau&nbsp;\u00bb<em>&nbsp;<\/em>ou<em>sansui&nbsp;<\/em>(\u5c71\u6c34). Les volumes cr\u00e9\u00e9s dans ce jardin japonais rappellent ainsi d\u2019une certaine fa\u00e7on les reliefs montagneux environnants de Grenoble (Vercors, Belledonne et Chartreuse, s\u00e9par\u00e9s par les fleuves du Drac et de l\u2019Is\u00e8re). La construction de cette partie du jardin japonais permet de faire conna\u00eetre ce concept paysager important et l\u2019accent est mis sur cette notion lors des visites guid\u00e9es effectu\u00e9es au jardin.<\/p>\n\n\n\n<h6 class=\"wp-block-heading\"><a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/paysage\/32791#tocfrom3n2\"><em>Min\u00e9ralit\u00e9<\/em><\/a><\/h6>\n\n\n\n<p>Jardins d\u2019agr\u00e9ment et m\u00e9dicinal sont tous deux pourvus d\u2019\u00e9l\u00e9ments min\u00e9raux avec pierres et zones en gravillon. Celles-ci d\u00e9limitent l\u2019espace et peuvent \u00e9voquer les jardins secs japonais&nbsp;<em>karesansui&nbsp;<\/em>(\u67af\u5c71\u6c34). De surcro\u00eet, le jardin japonais Dominique Villars tente de mettre en sc\u00e8ne l\u2019expression japonaise&nbsp;<em>ishi wo taten koto<\/em>&nbsp;(\u77f3\u3092\u7acb\u3066\u3093\u4e8b)&nbsp;que l\u2019on pourrait traduire comme \u00e9tant \u00ab&nbsp;l\u2019art de positionner les pierres&nbsp;\u00bb ou celui de dresser les pierres. Les pierres du jardin ont \u00e9t\u00e9 choisies pour leurs couleurs, marbrures et formes.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans un jardin sec japonais, on distingue deux types de rochers&nbsp;:&nbsp;<em>yama ishi<\/em>(\u5c71\u77f3), les pierres aux ar\u00eates vives et celles aux courbes plus arrondies transport\u00e9es par les cours d\u2019eau,&nbsp;<em>kawa ishi<\/em>&nbsp;(\u5ddd\u77f3). Le jardin japonais Dominique Villars s\u2019inspire de ces deux types avec les&nbsp;<em>kawa ishi<\/em>&nbsp;autour des pi\u00e8ces d\u2019eau et un \u00e9l\u00e9ment de type&nbsp;<em>yama ishi<\/em>&nbsp;dans la zone en gravillon entourant les plantes m\u00e9dicinales. Ces diff\u00e9rents rochers permettent d\u2019\u00e9quilibrer l\u2019espace, et leur asym\u00e9trie vient renforcer l\u2019esth\u00e9tique de l\u2019ensemble paysager.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la m\u00eame id\u00e9e, le monolithe pr\u00e9sent dans la zone des plantes m\u00e9dicinales est une pierre verticale \u00e9voquant le type&nbsp;<em>taid\u014dseki&nbsp;<\/em>(\u4f53\u80f4\u77f3) identifi\u00e9 dans des jardins comme ceux des temples K\u014dmy\u014d-in (Kyoto) et Kennin-ji (Kyoto) (Fujii, 2018&nbsp;; Mizuno, 2009). Selon la conceptrice Manon Paul-Traversaz, le monolithe conf\u00e8re ainsi une impression de stabilit\u00e9. \u00c0 l\u2019origine, cet emplacement \u00e9tait celui d\u2019une petite lanterne de pierre de type&nbsp;<em>rokkaku yukimi d\u014dr\u014d&nbsp;<\/em>(\u516d\u89d2\u96ea\u898b\u706f\u7c60). Install\u00e9e en avril&nbsp;2022, elle a malheureusement \u00e9t\u00e9 vandalis\u00e9e durant l\u2019hiver 2023. Cette d\u00e9gradation a suscit\u00e9 une r\u00e9flexion sur cette partie du jardin et le monolithe a alors \u00e9t\u00e9 install\u00e9 en remplacement.<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, les zones de gravillons du jardin peuvent rappeler celles du temple Rozan-ji (Kyoto) o\u00f9 elles entourent des zones v\u00e9g\u00e9talis\u00e9es de forme ronde rappelant des nuages. Le jardin de ce temple est surnomm\u00e9 le jardin du Genjimais aussi le jardin des Kiky\u014d (campanules japonaises,&nbsp;<em>Platycodon grandiflorus<\/em>) (Mizuno, 2002). Cette mani\u00e8re de penser l\u2019am\u00e9nagement paysager permet de valoriser les esp\u00e8ces botaniques pr\u00e9sent\u00e9es en son centre.<\/p>\n\n\n\n<h6 class=\"wp-block-heading\"><a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/paysage\/32791#tocfrom3n3\"><em>Autres \u00e9l\u00e9ments ornementaux<\/em><\/a><\/h6>\n\n\n\n<p>Parmi les autres \u00e9l\u00e9ments ornementaux caract\u00e9ristiques du jardin japonais figure une lanterne sur pied de type&nbsp;<em>tachid\u014dr\u014d<\/em>&nbsp;(\u7acb\u3061\u706f\u7c60) correspondant au type&nbsp;<em>kasuga-d\u014dr\u014d&nbsp;<\/em>(\u6625\u65e5\u706f\u7c60)&nbsp;: son foyer est d\u00e9cor\u00e9 d\u2019un bas-relief de biche sika (<em>Cervus nippon<\/em>), embl\u00e8me d\u2019un sanctuaire&nbsp;<em>shint\u014d<\/em>&nbsp;tr\u00e8s ancien, le Kasuga-taisha (Nara) (McCullough&nbsp;<em>et al.<\/em>, 2009). Elle rappelle aussi celle qui se trouve dans le jardin du K\u014dt\u014d-in (Kyoto) (Mizuno, 2009). La mani\u00e8re dont la lanterne s\u2019inscrit dans un paysage changeant au fil des saisons symbolise une forme de constance dans le temps. Elle conf\u00e8re aussi une certaine verticalit\u00e9 \u00e0 la zone des plantes ornementales.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme cela est mentionn\u00e9 plus haut, la partie du jardin consacr\u00e9e aux plantes m\u00e9dicinales&nbsp;<em>kampo<\/em>&nbsp;\u00e9tait agr\u00e9ment\u00e9e d\u2019une lanterne&nbsp;<em>rokkaku yukimi d\u014dr\u014d&nbsp;<\/em>(\u516d\u89d2\u96ea\u898b\u706f\u7c60), qui a \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9e par un monolithe. Les concepteurs Manon Paul-Traversaz, Michel S\u00e8ve et Serge Krivobok ont fait le choix de ces lanternes en s\u2019inspirant des jardins japonais cit\u00e9s pr\u00e9c\u00e9demment et pour apporter une esth\u00e9tique nipponne tr\u00e8s reconnaissable du grand public.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 l\u2019arri\u00e8re de cette zone, figure un cheminement ombrag\u00e9 orn\u00e9 de pas japonais&nbsp;<em>tobi-ishi<\/em>&nbsp;(\u98db\u77f3) rappelant ceux retrouv\u00e9s des temples Y\u014dkoku-ji (Kyoto) et Keishun-in (Kyoto). Ceux du jardin Dominique Villars sont de style&nbsp;<em>\u014dmagari&nbsp;<\/em>(\u5927\u66f2\u308a) et plac\u00e9s en trajectoire curviligne (Fujii, 2018). Les pas ont \u00e9t\u00e9 plac\u00e9s d\u00e9but 2023 pour am\u00e9nager l\u2019arri\u00e8re du jardin japonais o\u00f9 l\u2019ombre ne permet pas le d\u00e9veloppement de v\u00e9g\u00e9tation au sol.<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, les deux espaces v\u00e9g\u00e9talis\u00e9s du jardin sont entour\u00e9s de barri\u00e8res de bambou courbes de style&nbsp;<em>nanako-gaki<\/em>&nbsp;(\u9b5a\u5b50\u57a3). Ces barri\u00e8res \u00e9taient n\u00e9cessaires pour prot\u00e9ger les parterres et bassins, le jardin botanique Dominique Villars \u00e9tant un parc en acc\u00e8s libre non contr\u00f4l\u00e9. Ces barri\u00e8res, fabriqu\u00e9es par l\u2019\u00e9quipe du jardin \u00e0 partir de bambou vert, rappellent celles pr\u00e9sentes \u00e0 la villa imp\u00e9riale Sh\u016bgaku-in (Kyoto) ou encore au Sankei-en (Yokohama).<\/p>\n\n\n\n<h6 class=\"wp-block-heading\"><a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/paysage\/32791#tocfrom3n4\"><em>Choix des esp\u00e8ces ornementales<\/em><\/a><\/h6>\n\n\n\n<p>S\u2019agissant de la v\u00e9g\u00e9tation, les \u00e9l\u00e9ments v\u00e9g\u00e9taux peuvent \u00eatre positionn\u00e9s sur trois niveaux dans un jardin japonais. \u00c0 Grenoble, une v\u00e9g\u00e9tation haute dans laquelle on trouve&nbsp;<em>Prunus<\/em>, bambous sacr\u00e9s (<em>Nandina domestica<\/em>), \u00e9rables (<em>Acer<\/em>), cam\u00e9lias (<em>Camellia japonica<\/em>) ou aralias (<em>Fatsia japonica)<\/em>&nbsp;; une m\u00e9diane compos\u00e9e de foug\u00e8res, hostas (<em>Hosta sieboldii)<\/em>, astilbes (<em>Astilbe japonica)<\/em>, plantes panth\u00e8re (<em>Farfugium japonicum<\/em>) ou poac\u00e9es (<em>Carex oshimensis<\/em>)&nbsp;; puis une v\u00e9g\u00e9tation courte avec des ophiopogons (<em>Ophiopogon japonicus)<\/em>, mousses et herbes rases. Cette disposition est retrouv\u00e9e dans la partie du jardin environnant les bassins. Elle offre une harmonie de formes et un nuancier de verts subtil tout en apportant une diversit\u00e9 botanique avec des esp\u00e8ces de tailles vari\u00e9es<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\"><a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/paysage\/32791#tocfrom2n4\">Un jardin botanique de plantes japonaises<\/a><\/h4>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image aligncenter size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"454\" src=\"https:\/\/amisdujardinvillars.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/Capture-decran-2024-04-21-a-16.36.51-1024x454.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-704\" style=\"width:923px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/amisdujardinvillars.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/Capture-decran-2024-04-21-a-16.36.51-1024x454.png 1024w, https:\/\/amisdujardinvillars.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/Capture-decran-2024-04-21-a-16.36.51-300x133.png 300w, https:\/\/amisdujardinvillars.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/Capture-decran-2024-04-21-a-16.36.51-768x340.png 768w, https:\/\/amisdujardinvillars.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/Capture-decran-2024-04-21-a-16.36.51-1536x681.png 1536w, https:\/\/amisdujardinvillars.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/Capture-decran-2024-04-21-a-16.36.51.png 1866w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><em><strong>Vues du jardin de plantes m\u00e9dicinales avec ses pivoines<\/strong><\/em> <em><strong>et le cerisier offert par la Yokohama University of Pharmacy<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019une des sp\u00e9cificit\u00e9s du jardin botanique et m\u00e9dicinal&nbsp;<em>kampo<\/em>&nbsp;de l\u2019UGA est qu\u2019il int\u00e8gre des \u00e9l\u00e9ments paysagers et ornementaux consid\u00e9r\u00e9s comme japonais (Young D. et M., 2019), cela au service de la valorisation de sa collection botanique. Ce jardin a ainsi deux aspects compl\u00e9mentaires&nbsp;: la botanique abord\u00e9e de mani\u00e8re originale avec les codes du jardin japonais, et les finalit\u00e9s m\u00e9dicinales et p\u00e9dagogiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Si l\u2019on consid\u00e8re les jardins botaniques cr\u00e9\u00e9s au Japon, d\u2019apr\u00e8s l\u2019\u00e9tat de nos connaissances, ils ne reprendraient que rarement les codes des jardins japonais sur l\u2019ensemble des sections propos\u00e9es aux visiteurs. Ainsi un jardin paysager japonais y est pr\u00e9f\u00e9rablement con\u00e7u dans une section distincte. C\u2019est le cas du jardin botanique Koishikawa entretenu par l\u2019universit\u00e9 de Tokyo qui accueille, dans sa partie sud-ouest, un jardin d\u00e9fini comme japonais (\u65e5\u672c\u5ead\u5712), o\u00f9 le travail paysager pr\u00e9vaut sur la pr\u00e9sentation des esp\u00e8ces botaniques qui y sont cultiv\u00e9es. N\u00e9anmoins, d\u2019autres structures comme le jardin botanique de Nikk\u014d, dont l\u2019entretien est aussi assur\u00e9 par l\u2019universit\u00e9 de Tokyo, expose sa collection botanique dans un parc paysager m\u00ealant des \u00e9l\u00e9ments caract\u00e9ristiques du jardin japonais (lanternes, cheminements, barri\u00e8res et taille des arbres) sans qu\u2019ils ne soient rassembl\u00e9s dans une section particuli\u00e8re. Le jardin universitaire Dominique Villars tente ainsi par son approche de concilier botanique scientifique et tradition paysag\u00e8re japonaise en un m\u00eame espace au service de la m\u00e9diation culturelle et scientifique universitaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Par ailleurs, la mani\u00e8re dont les jardins botaniques japonais choisissent de pr\u00e9senter des esp\u00e8ces m\u00e9dicinales&nbsp;<em>kampo<\/em>&nbsp;est \u00e9galement pertinente dans la description que l\u2019on pourrait faire des jardins botaniques et m\u00e9dicinaux au Japon. On retrouve des espaces de ce type d\u00e8s le&nbsp;xvii<sup>e<\/sup>&nbsp;avec le jardin Koishikawa qui est le plus ancien jardin botanique du Japon. Il a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 en 1684 par le shogunat Tokugawa<a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/paysage\/32791#ftn6\">6<\/a>, sous le nom de Jardin d\u2019herbes m\u00e9dicinales de Koishikawa. Ce type de jardins a une double utilit\u00e9 avec la production de mati\u00e8res premi\u00e8res mais \u00e9galement une dimension didactique pour l\u2019enseignement de la tradition m\u00e9dicale. Par la suite, ces jardins se sont d\u00e9velopp\u00e9s et permettaient ainsi la culture de plantes import\u00e9es de Chine comme le ginseng (Got\u014d&nbsp;<em>et al.<\/em>, 1995). Si la production de drogues v\u00e9g\u00e9tales n\u2019est actuellement plus la fonction des jardins m\u00e9dicinaux japonais, on compte cependant plusieurs jardins botaniques et m\u00e9dicinaux influenc\u00e9s par cet h\u00e9ritage. C\u2019est le cas des jardins botaniques Morino \u00e0 Uda (\u68ee\u91ce\u65e7\u85ac\u5712) et Takeda \u00e0 Kyoto (\u4eac\u90fd\u85ac\u7528\u690d\u7269\u5712). Ce dernier est l\u2019un des partenaires japonais importants pour l\u2019\u00e9tablissement de la collection de plantes du jardin botanique Dominique Villars, au c\u00f4t\u00e9 de l\u2019universit\u00e9 de pharmacie de Yokohama.<\/p>\n\n\n\n<p>La collection botanique du jardin des UFR de m\u00e9decine et de pharmacie de Grenoble r\u00e9unit maintenant plus de 400&nbsp;esp\u00e8ces botaniques avec pr\u00e8s d\u2019une centaine d\u2019esp\u00e8ces pour la zone japonaise. Les plantes ornementales captent l\u2019attention des visiteurs, construisent l\u2019espace et accompagnent la collection de plantes m\u00e9dicinales japonaises<a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/paysage\/32791#ftn7\">7<\/a>&nbsp;donnant un panel repr\u00e9sentatif des plantes m\u00e9dicinales employ\u00e9es en Asie. L\u2019ensemble de la collection botanique est \u00e9tiquet\u00e9 avec mention des noms latins, vernaculaires et de la famille botanique.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\"><a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/paysage\/32791#tocfrom1n3\">Un espace partenarial et de m\u00e9diation scientifique<\/a><\/h4>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/paysage\/32791#tocfrom2n5\">De la fourniture des plants \u00e0 la mat\u00e9rialisation, un exemple de d\u00e9marche partenariale<\/a><\/h5>\n\n\n\n<p>\u00c0 terme, l\u2019\u00e9quipe du jardin souhaite d\u00e9velopper des activit\u00e9s conservatoires d\u2019esp\u00e8ces botaniques de support \u00e0 la recherche scientifique. \u00c0 ces fins, il convient de s\u2019appuyer sur une collection cons\u00e9quente. Se pose alors la question de l\u2019approvisionnement en semences et plants. Une partie des plantes m\u00e9dicinales figurant dans le jardin proviennent du jardin botanique Takeda \u00e0 Kyoto. Ce vaste jardin botanique constitue un mod\u00e8le s\u2019agissant de la pr\u00e9sentation et de la conservation des plantes m\u00e9dicinales. Construit en 1933, il est organis\u00e9 en sections th\u00e9matiques dont une sur le&nbsp;<em>kampo<\/em>&nbsp;avec une mise en sc\u00e8ne didactique qui permet de valoriser la singularit\u00e9 des associations de plantes retrouv\u00e9es dans les formules th\u00e9rapeutiques traditionnelles japonaises.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce partenariat permet au jardin Dominique Villars de se doter de plantes rares en Europe comme l\u2019ang\u00e9lique du Japon (<em>Angelica acutiloba<\/em>), des asarets (<em>Asarum heterotropoides&nbsp;<\/em>et&nbsp;<em>A. sieboldii<\/em>), ginseng (<em>Panax ginseng)<\/em>, ou encore diff\u00e9rentes vari\u00e9t\u00e9s d\u2019atractylodes (<em>Atractylodes lancea<\/em>). La plupart des plantes import\u00e9es se sont acclimat\u00e9es. On notera quelques exceptions avec les bupl\u00e8vres (<em>Bupleurum sp.<\/em>), \u00e9phedra (<em>Ephedra sinica<\/em>) et lotus (<em>Nelumbo nucifera<\/em>), qui n\u2019ont pas support\u00e9 la culture en pot apr\u00e8s leur arriv\u00e9e en France. Les lotus quant \u00e0 eux ont pu germer et d\u00e9buter leur croissance mais n\u2019ont pas surv\u00e9cu \u00e0 la mise en eau dans les bassins du jardin.<\/p>\n\n\n\n<p>Par ailleurs, le jardin est source de liens acad\u00e9miques forts avec l\u2019universit\u00e9 de pharmacie de Yokohama (\u00e9changes scientifiques, de semences et de plants) conduisant \u00e0 une d\u00e9marche partenariale durable. Pour symboliser ce partenariat, un cerisier du Japon a \u00e9t\u00e9 plant\u00e9 par l\u2019\u00e9quipe du jardin botanique Dominique Villars entre les deux parties de ce dernier.<\/p>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/paysage\/32791#tocfrom2n6\">Une conception de l\u2019espace en fonction des finalit\u00e9s didactiques et d\u2019agr\u00e9ment<\/a><\/h5>\n\n\n\n<p>Ce nouveau jardin hybride m\u00eale contenu scientifique et p\u00e9dagogique avec \u00e9galement des particularit\u00e9s du jardin d\u2019agr\u00e9ment japonais. Tout en \u00e9veillant la curiosit\u00e9 des visiteurs pour l\u2019Asie extr\u00eame-orientale, il permet la m\u00e9diation scientifique sur des sujets importants tels que la n\u00e9cessit\u00e9 de prot\u00e9ger les savoirs des m\u00e9decines traditionnelles dans le monde.<\/p>\n\n\n\n<p>Le jardin japonais m\u00e9dicinal a plusieurs vocations dont la consolidation de la collaboration internationale avec le Japon, l\u2019am\u00e9lioration du cadre de travail des \u00e9tudiants et personnels du secteur sant\u00e9 de l\u2019UGA, la constitution d\u2019un support p\u00e9dagogique aux enseignements et \u00e0 la m\u00e9diation culturelle et scientifique. Les esp\u00e8ces botaniques pr\u00e9sent\u00e9es dans le jardin japonais figurent dans les enseignements de tronc commun des \u00e9tudes de pharmacie et de formation continue (dipl\u00f4me universitaire de phytoth\u00e9rapie et aromath\u00e9rapie cliniques\/dipl\u00f4me universitaire d\u2019ethnobotanique appliqu\u00e9e). Cette collection botanique japonaise sert ainsi de support p\u00e9dagogique pour ces cursus. Les caract\u00e9ristiques botaniques des plantes y sont alors pr\u00e9sent\u00e9es, fondamentales pour l\u2019identification des drogues v\u00e9g\u00e9tales mentionn\u00e9es dans les pharmacop\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Le jardin est aussi le th\u00e9\u00e2tre de manifestations culturelles impliquant des acteurs japonais dont des chercheurs en visite \u00e0 l\u2019universit\u00e9, des enseignants et \u00e9tudiants ou encore des repr\u00e9sentants consulaires. Unique en son genre, le jardin japonais Dominique Villars est ainsi utilis\u00e9 pour des op\u00e9rations de m\u00e9diation culturelle et scientifique\u00a0: visites guid\u00e9es pour les scolaires et le grand public, permettant ainsi de sensibiliser les visiteurs \u00e0 la biodiversit\u00e9 et aux m\u00e9decines d\u2019ailleurs. Plusieurs \u00e9v\u00e9nements et visites guid\u00e9es y sont organis\u00e9s chaque ann\u00e9e avec des conf\u00e9rences th\u00e9matiques et des ateliers sur les arts japonais (origami,\u00a0<em>furoshiki<\/em>, ateliers linguistiques, initiation \u00e0 la calligraphie, c\u00e9r\u00e9monie du th\u00e9\u2026). De plus, au sein du jardin, un parcours p\u00e9dagogique constitu\u00e9 de douze grands panneaux modulables permet de pr\u00e9senter trois expositions culturelles chaque ann\u00e9e. \u00c0 titre d\u2019exemple, \u00e0 l\u2019automne 2023, le jardin pr\u00e9sente une exposition culturelle temporaire intitul\u00e9e \u00ab\u00a0Fleurs du Japon\u00a0\u00bb pour c\u00e9l\u00e9brer les dix ann\u00e9es de collaboration scientifique entre l\u2019universit\u00e9 de Tsukuba et l\u2019UGA.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/paysage\/32791#tocfrom1n4\">En r\u00e9sum\u00e9<\/a><\/h3>\n\n\n\n<p>La cr\u00e9ation d\u2019un jardin japonais de plantes m\u00e9dicinales&nbsp;<em>kampo<\/em>&nbsp;\u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Grenoble Alpes permet de mettre en valeur cette m\u00e9decine traditionnelle japonaise utilisant des ingr\u00e9dients naturels, principalement des plantes. Comme nous l\u2019avons pr\u00e9sent\u00e9, cette section du jardin botanique Dominique Villars int\u00e8gre en un m\u00eame lieu des \u00e9l\u00e9ments paysagers et ornementaux japonais. Elle est divis\u00e9e en deux parties&nbsp;: l\u2019une pr\u00e9sent\u00e9e comme un jardin d\u2019agr\u00e9ment avec divers \u00e9l\u00e9ments (bassins, lanterne, roches et pas japonais) et une autre sp\u00e9cifiquement d\u00e9di\u00e9e aux plantes m\u00e9dicinales. Le choix des esp\u00e8ces v\u00e9g\u00e9tales s\u2019est bas\u00e9 sur les principes de l\u2019am\u00e9nagement japonais avec des esp\u00e8ces embl\u00e9matiques qui structurent le paysage et accompagnent les esp\u00e8ces m\u00e9dicinales.<\/p>\n\n\n\n<p>Un des enjeux principaux de cette nouvelle zone du jardin est de permettre son entretien et son maintien, tout en essayant d\u2019appliquer des codes du jardinage japonais. Si le personnel d\u2019entretien du jardin a par exemple \u00e9t\u00e9 sensibilis\u00e9 aux techniques de taille, les diff\u00e9rences de climat importantes, les ressources en personnel ainsi que leur formation font de la p\u00e9rennisation de ce jardin un d\u00e9fi. Les enjeux sont donc importants puisque ce dernier favorise la m\u00e9diation culturelle et scientifique et l\u2019\u00e9tude des plantes m\u00e9dicinales au niveau universitaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette approche ethnobotanique, retrouv\u00e9e aussi bien dans les activit\u00e9s culturelles et grand public que dans les enseignements, met ainsi en valeur la richesse de la m\u00e9decine&nbsp;<em>kampo<\/em>&nbsp;et sugg\u00e8re, comme c\u2019est le cas au Japon, une possible int\u00e9gration des th\u00e9rapeutiques naturelles dans un syst\u00e8me de soins contemporain.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-buttons is-layout-flex wp-block-buttons-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-button\"><a class=\"wp-block-button__link wp-element-button\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/paysage\/32791#ftn1\">Article d\u00e9taill\u00e9<\/a><\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Une nouvelle section du jardin botanique des UFR de m\u00e9decine et de pharmacie de l\u2019Universit\u00e9 Grenoble Alpes (UGA) a \u00e9t\u00e9 d\u00e9velopp\u00e9e au printemps 2022. Cet espace vient compl\u00e9ter les collections botaniques du jardin Dominique Villars de l\u2019universit\u00e9, parc botanique nomm\u00e9 en hommage \u00e0 cet influent m\u00e9decin et botaniste de la fin du\u00a0xviiie\u00a0si\u00e8cle (Villars, 1786-1789),illustrant la [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"parent":23,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-697","page","type-page","status-publish","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/amisdujardinvillars.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/697","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/amisdujardinvillars.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/amisdujardinvillars.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/amisdujardinvillars.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/amisdujardinvillars.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=697"}],"version-history":[{"count":8,"href":"https:\/\/amisdujardinvillars.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/697\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":958,"href":"https:\/\/amisdujardinvillars.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/697\/revisions\/958"}],"up":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/amisdujardinvillars.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/23"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/amisdujardinvillars.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=697"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}